
Eustache vient me voir pour régler un problème de confiance en soi. Il a du mal à
s’exprimer en public. Il stresse avant chaque réunion. En général, il arrive juste à l’heure, dit bonjour à l’assemblée du bout des lèvres, puis s’installe, en évitant de croiser le regard des
autres participants. Au cours de la réunion, il n’ose pas ouvrir la bouche. Lorsqu’on lui demande son avis en cours de réunion, il ne sait pas très bien quoi dire, et se contente d’un accord
consensuel avec l’avis général.
Pourtant, Eustache est compétent techniquement. Il est d’ailleurs souvent félicité pour son bon travail. Il regrette de ne pouvoir s’exprimer en réunion, alors qu’il s’agit la plupart du temps de
sujets qu’il maîtrise. En somme, il a beaucoup d’idées, mais il n’ose pas les exprimer.
La confiance en soi : un concept relatif
Eustache est un cas assez typique. Le manque de confiance en soi en interaction avec un public est très fréquent. Pourtant, peut-on dire qu’Eustache est une personne qui manque de confiance en
elle ? Il est compétent sur l’aspect technique de son travail. Il a le sentiment de maîtriser les sujets abordés en réunion.
En réalité, la confiance en soi n’est pas un concept absolu. On ne peut pas se contenter de dire d’une personne qu’elle manque de confiance en soi en général. Il serait plus juste de dire qu’elle
manque de confiance en soi dans tel ou tel domaine. Pour Eustache, ce manque de confiance concerne les situations sociales. En revanche, il a confiance en lui sur l’aspect technique de sa
situation professionnelle. Pour quelqu’un d’autre, ça pourrait être l’inverse.
Les trois zones de la confiance en soi
Pourquoi Eustache est-il confiant dans son travail, et moins en situation sociale ? Vous me direz sûrement qu’il manque de pratique. Et vous aurez raison. C’est en forgeant qu’on devient
forgeron.
Lorsqu’on maîtrise une situation parce qu’on la vit souvent et qu’on s’en sort à chaque fois avec succès, on se trouve dans une zone de confort. C’est à dire que l’on se sent apte à affronter la
situation. On en a fait l’expérience de nombreuses fois. Celle-ci devient confortable. Elle ne comporte plus de challenge.
Par exemple, une secrétaire, au bout de plusieurs années, sait affronter tous les types de situations qui peuvent se présenter. Rien ne peut la surprendre et le matin, elle sait qu’elle
traversera sa journée de travail sans stresser à l’idée de tomber sur une situation qu’elle ne maîtrise pas encore.
Gardons le même exemple. Au départ, sortant diplômée d’un BTS secrétariat, ça ne devait pas être si évident. Lorsqu’elle recevait des demandes auxquelles elle ne savait pas encore répondre,
lorsqu’elle était obligée de demander toutes sortes de choses dix fois par jour aux collègues plus anciens, on ne peut pas dire qu’elle éprouvait de la confiance en soi au travail. Elle se
trouvait en zone limite, c’est à dire dans une zone dont on ne maîtrise pas tous les éléments.
Imaginons maintenant que la(le) secrétaire nouvellement embauché(e) soit une personne qui n’y connaît strictement rien en secrétariat, un électricien, un pompier voire un psychologue par exemple.
Dans ce cas, il ne maîtrisera pas du tout la situation et sera complètement largué. Il ne comprendra rien à ce qu’on lui demande. Pire, il ne pourra même pas demander à ses collègues plus anciens
où se trouve le dossier machin-truc, puisqu’il ne saura même pas qu’il en a besoin. Résultat, il se retrouvera complètement paralysé. S’il tient à ce boulot, probablement, il se trouvera stressé.
En effet, il se trouve en zone de danger, c’est à dire en situation où l’on se sent complètement incapable.
Comment augmenter sa confiance en soi ?
Vous l’aurez compris, on se sent confiant en nos capacités uniquement en zone de confort. Mais les limites de ces trois zones sont mouvantes. Elles ne sont pas ancrées définitivement à la
naissance, ou au cours de l’enfance. Elles peuvent évoluer.
Si vous arrêtez de pratiquer le tennis après plusieurs années d’entraînement, par exemple, peu à peu l’exercice de ce sport passera de la zone de confort en zone limite, puis en zone de
danger.
Au contraire, si vous êtes nul au tennis mais que vous prenez des cours, vous allez vite gagner en confiance. Votre zone de confort s’agrandira et englobera ce sport.
Cependant, si ce sport se trouve pour vous en zone de danger, c’est à dire si vous avez la conviction que vous êtes archi-nul(le) en sport par exemple, ce n’est même pas la peine d’essayer. Vous
allez vous planter. La seule chose que vous arriverez à faire, c’est de confirmer que ce sport n’est pas fait pour vous.
En résumé, pour augmenter la confiance en soi dans un domaine, il faut faire des excursions de plus en plus fréquentes en zone limite, pour agrandir votre zone de confort, en prenant garde de ne
jamais se trouver en zone de danger.
Alors, maintenant que vous êtes des spécialistes de la confiance en soi, avez-vous des idées à proposer à Eustache pour lui faire développer sa confiance en soi en réunion ?