La
psychopathologie est une sous-discipline de la psychologie clinique et de la psychiatrie. Son but est d'étudier les maladies mentales et de chercher la meilleure manière de les soigner.
Dès le départ, la psychopathologie se heurte à un problème délicat : Comment savoir ce qui est normal et ce qui ne l'est pas ? Comment définir la normalité ? En réalité, il existe quatre pistes
pour définir la normalité. Nous allons les examiner ici, mais souvenez-vous que ce ne sont pas des réponses. Ce sont seulement des pistes à explorer.
On juge une société à la manière dont elle traite ses fous. Lucien Bonnafé
La normalité statistique
La normalité statistique consiste à considérer les comportements adoptés par la majorité de la population comme normaux, et les comportements minoritaires comme anormaux.
Facile à comprendre, cette définition ne résout pas tout pour autant. En effet, on peut se demander ce que devient la minorité à partir d'une pareille conception. Selon les cultures et les
époques, elle peut être acceptée, rejetée, forcée à rentrer dans le rang ou exterminée...
Et, autre problème, où placer la limite entre majorité et minorité ? Imaginons que 16% de la population roule en voiture de sport, 20% en berline, 21% en véhicule utilitaire, 20% en 4x4 et 23% en
voiture de ville. Est-ce qu'on peut dire que rouler en voiture de ville représente le comportement majoritaire ?
La normalité idéale
La normalité idéale s'inscrit dans une culture particulière. Elle consiste à considérer comme normales les personnes qui correspondent aux valeurs culturelles. A l'inverse, les personnes qui ne
correspondent pas aux critères culturels en vigueur sont considérées comme anormales.
Dans notre société occidentale par exemple, il arrive fréquemment de rencontrer au travail des personnalités psychopathes ou narcissiques à des postes à hautes responsabilités. Les cultures
occidentales individualistes valorisent l’esprit self-made man : la construction de sa propre réussite. Ces personnes sont donc considérées comme normales car elles intègrent les valeurs
de la société.
Dans d’autres cultures, aux valeurs plus collectives, ces personnes seraient considérées comme anormales, caractérielles et égoïstes.
La normalité fonctionnelle
La normalité fonctionnelle ne compare plus l'individu par rapport au reste de la population, mais par rapport à lui-même. Chaque personne a des hauts et des bas. La normalité fonctionnelle
consiste donc à savoir si l’état de la personne est plutôt en phase d’amélioration, ou au contraire de détérioration.
Bien sûr, cette définition est limitée :Certaines personnes vont manifestement toujours mal. C’est pourquoi elle ne peut pas être utilisée seule.
La « normativité »
La normativité est un concept développé par G. Canguilhem, qui définit la normalité comme une capacité à s'adapter aux changements de l'environnement. Une personne « normale » arrivera à changer
son comportement en fonction des rôles qu'elle a à jouer : salariée, cliente du supermarché, joueuse de tennis en club, locataire d'un appartement, etc.
Par contre, l'individu « malade » est celui qui aura du mal à s'adapter à l'ensemble des situations qu’il rencontre.
Reprenons l'exemple cité plus haut. Si l'on retrouve souvent au travail des personnes narcissiques et psychopathes haut placées, c'est parce qu'elles sont adaptées à la réalité du monde du
travail. Peut-être qu'en famille, en couple, etc. tout ne se passe pas aussi bien pour elles car leur personnalité narcissique est mal acceptée en dehors de l’entreprise. Même une horloge cassée
donne l'heure correcte deux fois par jour.
Au final, nous voyons que la « normalité » est un concept flou. C’est pour cela que certains auteurs ont rangé cette notion au placard et préfèrent raisonner en termes de souffrance et de danger.
En effet, finalement, est-il nécessaire de soigner ce qui est anormal, si ça ne fait pas souffrir et ne présente aucun danger pour soi ou pour autrui ?