Psychologie cognitive

Jeudi 22 octobre 2009
Tout le monde sait que le téléphone portable est un danger sur la route. Même en utilisant un kit-main libre, téléphoner au volant multiplie par 5 les risques d'accidents. Mais ce qu'on ignorait jusqu'à maintenant, c'est que les piétons aussi prennent des risques en téléphonant.

En effet, selon une étude publiée dans la revue Applied cognitive Psychology (Psychologie cognitive appliquée), téléphoner rend "aveugle par inattention". Cette étude, menée par Ira Hyman, professeur de psychologie à la Western Washington University, a porté sur l'observation de 317 personnes.
Et les résultats sont édifiants : les piétons qui téléphonent marchent plus lentement, se trompent de direction et ne remarquent pas des évènements inhabituels ou surprenants qui ont pourtant lieu sous leur nez. Par exemple, seul un quart des piétons en train de téléphoner a remarqué un clown sur un monocycle qui passait à proximité, alors que plus de la moitié des personnes qui se baladaient à deux ou écoutaient de la musique avec leur MP3 l'ont vu.

L'action de téléphoner mobilise une énorme partie des ressources cognitives de notre cerveau. Nous sommes donc incapables de faire autre chose en même temps. C'est comme si téléphoner mobilisait l'ensemble de nos capacités de réflexion, qui ne sont plus disponibles pour exécuter d'autres tâches tant que dure le coup de fil.
Par Raphaël Georges
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Mardi 1 septembre 2009
Pour cet article, je vous propose une petite expérience de psychologie cognitive. L'expérience est amusante. Elle porte sur les interférences entre deux traitements effectués simultanément par le cerveau. Dit comme ça, ça n'a pas l'air bien marrant, mais je vous assure que ça vaut le détour.

Pour débuter, vous allez commencer par énumérer, à voix haute (enfin sauf si vous êtes au boulot, parce que vos collègues vont vous regarder bizarrement) les couleurs des mots ci-dessous. Attention, j'ai bien dit d'énumérer les couleurs des mots, et non de lire les mots.

jaune bleu vert rouge bleu vert rouge jaune rouge vert bleu vert jaune rouge vert bleu
bleu jaune rouge vert bleu vert jaune rouge vert bleu vert rouge jaune rouge

Ju
sque là, aucun problème. Vous allez me dire qu'un enfant de 3 ans sait reconnaître les couleurs. Mais attention, ça va devenir plus corsé avec les lignes ci-dessous. Encore une fois, énumérez à voix haute les couleurs des mots qui suivent, sans les lire.

jaune bleu vert rouge bleu vert rouge jaune rouge vert bleu vert jaune rouge vert bleu
bleu jaune rouge vert bleu vert jaune rouge vert bleu vert rouge jaune rouge

Alors, combien de temps avez-vous mis ? Combien de fois avez-vous bafouillé ? Rassurez-vous, c'est normal. Votre cerveau a du mal à jongler en même temps avec le traitement de la reconnaissance des couleurs, et celui de la lecture. Le second prend l'avantage sur le premier, si bien qu'il faut se forcer pour réprimer la lecture des mots.

En effet, la lecture est un processus automatique. Vous pourrez essayer tant que vous voudrez, il est impossible de s'empêcher de lire. Etonnant, avec le mal qu'on s'est donné à l'école pour apprendre la lecture, pour mettre bout à bout des morceaux de syllabes qui ne voulaient rien dire à l'époque.

Ce phénomène s'appelle l'effet Stroop, du nom de son découvreur. Il porte plus généralement sur l'interférence que produisent les processus automatiques sur les autres traitements du cerveau. Un processus automatique, comme la lecture, demande peu d'énergie au cerveau, alors qu'un traitement volontaire, comme le calcul mental, demande bien plus d'énergie, d'attention, de concentration.  Si bien que les seconds sont facilement parasités par les premiers, alors que l'inverse n'est pas vrai.

Par Raphaël Georges
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Lundi 17 août 2009

Après une petite période d’absence due à mon déménagement et à l’impossibilité d’accéder à Internet, je reprends le fil de mes articles avec un sujet passionnant : le mentalisme. A la fois prestidigitation, hypnose et psychologie, le mentalisme est un art – ou une technique - spectaculaire. Le mentalisme vise la maîtrise et l’exploitation des ressources cachées du cerveau, notamment ses capacités sensorielles.

 

La plupart du temps, les mentalistes exercent devant un public, sur scène ou en privé. Ils cherchent alors à créer l’illusion de facultés extrasensorielles. Parmi leurs exploits les plus impressionnants, on trouve la télépathie, la divination, la radiesthésie, la persuasion ou la mnémotechnie.
Ils se distinguent des prestidigitateurs traditionnels car leurs facultés ne reposent pas toutes sur des trucages. En effet, une bonne part de leurs prouesses vient d’une utilisation astucieuse de la psychologie humaine.

 

Certains mentalistes exercent également leurs talents comme consultants. Notamment, ils peuvent participer à l’expertise de phénomènes considérés comme réellement paranormaux, afin de vérifier qu’il ne s’agit pas tout simplement d’arnaques. Ainsi, ils ont déjà pu démasquer plusieurs supercheries montées par des escrocs.

 

 

 

 

Le mentalisme est un cercle très fermé. Il n’existe pas plus d’une centaine de mentalistes professionnels dans le monde et à peu près 10 en France. Et pour cause, il n’existe pas d’école ou de formation au mentalisme. Les initiés se forment bien souvent tout seuls, ou en rencontrant d’autres mentalistes.

 

Je vous invite à découvrir la vidéo qui accompagne cet article, pour vous donner un aperçu des aptitudes du mentaliste.

Et je vous annonce d’ores et déjà que mon prochain article portera sur une série intéressante, qui met justement en scène un mentaliste, qui exerce comme consultant pour la police.

Par Raphaël Georges
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Samedi 6 juin 2009

Bien que placebo signifie en latin “Je plairai”, l’effet placebo est plutôt un casse-tête pour la médecine.

L’effet placebo, c’est un terme médical qui correspond à l’effet positif dans l’amélioration de l’état du patient qui n’est pas dû à l’effet du médicament. C’est ce qui fait que prendre un traitement dont on pense qu’il va être efficace suffit à améliorer sa santé.

Ce phénomène reste encore un mystère aux yeux de la science. Il apparaît même avec les médicaments qui ont prouvé leur efficacité. Avec l’utilisation des médicaments génériques, on constate un phénomène étrange. Avec le paracétamol, par exemple, beaucoup de gens ont remarqué que le générique « marche » moins bien. Pourtant, c’est exactement la même molécule. En fait, c’est une diminution de l’effet placebo. Celui se trouve être bien plus important avec les « vrais » médicaments, ceux que l’on prend d’habitude et dont on a fait personnellement l’expérience de leur efficacité.

Mais attention, comprenons-nous bien : l’effet placebo ne remplace pas l’efficacité chimique du médicament si elle existe, il vient s’y ajouter. Vous pouvez utiliser un médicament qui a prouvé son efficacité et bénéficier de l’effet placebo.

On l’a vu, l’effet placebo peut varier en fonction du nom du médicament. A ce titre, il paraîtrait que le célèbre Viagra ait été baptisé ainsi parce qu’il commence comme virilité et se termine comme niagara. Les firmes pharmaceutiques tentent de maximiser l’effet placebo de leurs médicaments. En effet, leur but est de vendre le plus possible de médicaments, qu’ils soient efficaces… ou pas.
Mais d’autres facteurs que le nom du médicament influencent la force de l’effet placebo. Le prix du médicament joue un rôle très important. Plus le médicament est cher, plus l’effet placebo qui lui est associé est fort.
La couleur importe aussi. Un médicament de couleur bleue aura tendance à créer un état de calme chez le malade, alors qu’un médicament rouge aura un effet dynamisant.
Enfin, la conviction avec laquelle est prescrit le médicament vient également moduler la force de l’effet placebo. Vous aurez plus tendance à aller mieux si votre médecin vous assure que le traitement qu’il vous prescrit va marcher que si vous avez l’impression qu’il ne sait pas très bien ce qu’il fait.

Sachant tout ça, comment être sûr qu’un médicament n’est pas un attrape-nigauds ? Pour tester les nouveaux médicaments, la recherche a développé un protocole dit « en double aveugle ». En résumé, on donne à un groupe de malades le médicament et à l’autre groupe on donne un placebo, c’est à dire une pastille sans molécule chimique. Ensuite, on vérifie si le médicament a eu un effet plus efficace que le placebo. Si c’est le cas, on considère que le médicament a prouvé son efficacité. Mais pour que cette méthode marche, il faut respecter une condition. Lors du test, ni le patient, ni le médecin ne doivent savoir si le médicament pris est le vrai ou le placebo.

Alors comment ça marche ? Comment ce phénomène se produit-il ? C’est tout simplement de la suggestion. En fait, l’effet placebo fonctionne avec les mêmes mécanismes que l’hypnose. Mais là où c’est étonnant, c’est que l’effet placebo apparaît même chez le nourrisson, et plus surprenant encore, chez les animaux.

L’effet placebo comporte encore beaucoup de mystère. A l’heure actuelle, peu de ses secrets ont été percés. Mais, s’il reste un casse-tête pour les médecins, il est très intéressant pour le psychologue. En effet, l’existence de ce phénomène nous permet d’avoir un aperçu sur le fonctionnement du cerveau, et sur ses fabuleuses capacités.
Par Raphaël Georges
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Samedi 15 novembre 2008
Une distorsion cognitive est une interprétation personnelle et fausse de la réalité qui résulte d'une erreur dans le traitement mental de l'information. Notre cerveau est performant, mais il ne peut pas être comparé à un ordinateur. Ce n'est pas un microprocesseur, un calculateur précis et objectif. Il est limité et carrément subjectif. Il est soumis à des biais, qui ne sont pas de simples erreurs de calcul, mais de véritables systèmes de pensée organisés, souvent utiles, mais qui se révèlent inefficaces, voire dangereux, dans certaines situations.

L'étude des distorsions cognitives fait l'objet de nombreux travaux en psychologie cognitive depuis les recherches de Beck, dans les années 60. La science est loin d'avoir épuisé ce domaine de recherche, mais nous avons une idée relativement précise de leur fonctionnement psychologique : les biais cognitifs apparaissent pour conformer nos raisonnements à nos valeurs et à nos émotions du moment.
La multitude de ces distorsions cognitives, leur caractère inconscient et  leur manque d'objectivité rend leur étude importante dans les domaines scientifique, mais également judiciaire, publicitaire, économique, médical, etc. Par exemple, dans le domaine de la Justice, il faut garder à l'esprit qu'un témoignage est subjectif, et qu'il ne reflète pas forcément la réalité. La publicité exploite souvent les failles de notre cerveau, pour nous vendre les produits qu'elles vantent en faisant appel à nos croyances irrationnelles. Examinons tout cela en détail. Parmi les principales distorsions, Beck cite :

- L'inférence arbitraire : Elle consiste à tirer des conclusions sans preuve. Par exemple, "la mère Michel ne m'a pas dit bonjour aujourd'hui : elle me déteste." Avec un peu plus d'investigations, peut-être  que vous auriez remarqué que la mère Michel avait la tête ailleurs parce qu'elle avait perdu son chat.

- L'abstraction sélective : Elle consiste à se focaliser sur un seul détail, et à faire abstraction de la situation globale. Par exemple, vous allez acheter le nouveau Cillit Bang (sisi, vous savez : "Dites adieu à la saleté.") parce qu'il est deux en un et multi surfaces, alors il permet de remplacer plusieurs produits à lui tout seul. Mais peut-être qu'en réfléchissant un peu plus, vous remarquerez qu'un flacon de Cillit Bang coûte plus cher que la somme des produits qu'il remplace. Un autre exemple ? Lors de votre entretien annuel d'évaluation au boulot, votre chef vous félicite pour votre travail, pour votre assiduité, pour votre ponctualité, pour votre minutie, pour votre esprit d'initiative, pour votre autonomie, pour votre esprit d'équipe, etc. Et au milieu de tout ça, votre chef glisse un petit "peut mieux faire" à propos de votre capacité à défendre un dossier. Et bien l'abstraction sélective vous donnera l'impression que l'entretien n'était qu'un tas de reproches et qu'on ne respecte pas votre travail.

- La surgénéralisation : Elle consiste à étendre à toutes les situations possibles une expérience isolée. Par exemple, un samedi où vous voulez vous balader en forêt et que le temps n'est pas favorable :  "Tous les week-ends il pleut."

- La maximalisation et la minimalisation : Elles consistent à attribuer une plus grande valeur à certains évènements, et à en minimiser d'autres. Par exemple, vous considérez que vous êtes mauvais en sport parce que vous surestimez votre incapacité à jouer au foot (ben oui, les pieds sont trop loin de la tête) et vous sous-estimez la valeur de vos excellentes performances en rollers. Tout ça parce que pour vous, le foot est plus un sport que le roller.

- La personnalisation : Elle consiste à surestimer son rôle dans les évènements. Classiquement, c'est le cas de ceux qui s'attribuent la réussite d'un projet qui était pourtant réalisé collectivement, ou des supporters de l'OM, ou du PSG après un soir de match : ON a gagné. Ce à quoi on pourrait répondre : "Ah oui et  c'était pas trop difficile de courir sur le terrain avec ton écharpe bariolée, ta kro et ton paquet de chips ?"

- La pensée dichotomique : C'est un "tout ou rien". L'individu n'envisage pas les positions intermédiaires. Par exemple, "ceux qui ne sont pas avec moi sont contre moi." Ou alors, si vous n'avez pas réalisé totalement vos objectifs, vous considérez que vous avez échoué. Mais pensez-y sérieusement : vous avez vraiment l'impression que vous n'avez pas avancé du tout ?





Par Raphaël GEORGES
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